Les théoriciens du management sanctifient le capitalisme. Les Business Schools en sont les Eglises et les consultants les frères prêcheurs. Ils utilisent tous un charabia abscons pour donner à leur discours un air d’autorité et vendent des indulgences pour régler les problèmes des entreprises. Ces gourous ont perdu le contact avec le monde qu’ils cherchent à gouverner. Les théories du management, à bout de souffle, doivent se réformer.

Les théories du management sont organisées autour de quatre idées de base qui, répétées ad nauseam, dans chaque livre ou conférence professionnelle, n’ont presque aucun rapport avec la réalité.

 

La première de ces idées fausses est que l’activité économique est plus concurrentielle que jamais.

Parcourez des titres populaires tels que «The End of Competitive Advantage : How to Keep Your Strategy Moving as Fast as Your Business» de Rita Gunther McGrath et vous aurez l’impression d’un monde hyper-concurrentiel dans lequel des colosses séculaires sont abattus par les forces du changement.

Un coup d’œil sur les chiffres suffit à montrer que cela relève de la fiction. La tendance actuelle la plus frappante n’est pas celle d’une concurrence exacerbée mais de regroupements d’entreprises. Depuis 2008, le marché des fusions-acquisitions connaît une très forte croissance au niveau mondial. La technologie figure en bonne place dans la liste des industries qui se concentrent. Dans les années 1990, la Silicon Valley était un terrain de jeu pour les startups. C’est maintenant le fief d’une poignée de géants qui éliminent systématiquement, par achat ou par la destruction, toute menace concurrentielle, directe ou indirecte. Ils éliminent ainsi toute source d’innovation.

 

La deuxième idée erronée est que nous vivons à une époque d’entrepreneuriat.

Les gourous, dont Peter Drucker et Tom Peters, prêchent depuis longtemps les vertus de l’entreprise. Les gouvernements ont abondé dans cette direction afin de compenser le déclin anticipé des grandes entreprises et pour masquer les chiffres du chômage. Les faits racontent, là encore, une histoire différente. En Europe, les entreprises à forte croissance sont encore rares et la plupart des jeunes pousses restent petites, en partie parce que les systèmes fiscaux punissent les entreprises employant plus d’un certain nombre de travailleurs et parce que les entrepreneurs se soucient davantage de l’équilibre travail-vie personnelle que de la croissance en soi. Enfin un grand nombre de personnes attirées par le culte de l’entreprenariat n’ont rencontré que l’échec. L’entreprenariat n’est pas une panacée universelle et avoir les capacités nécessaires ne semble concerner que 2 à 3% de la population.

 

La troisième idée dominante des théoriciens du management est que le cycle des activités économiques est devenu plus rapide.

Il y a une certaine vérité dans cette idée. Les entreprises digitales peuvent acquérir – ou perdre – des centaines de millions de clients en quelques années. Mais ces déploiements rapides et massifs se sont déjà vus dans le passé. Bien plus de la moitié des ménages américains possédaient une automobile juste deux décennies après le lancement par Henry Ford de la première chaîne de montage en 1913.

 

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